Ce mois-ci Joozia Canada a rencontré Carol-Ann, nutritionniste dans l’équipe nutrition. C’est parti pour cet échange avec une professionnelle de la santé qui a à cœur l’alimentation, comme nous, et qui peut vous apporter une autre vision plus complète de cette dernière.  


Maude : Carol-Ann, peux-tu nous expliquer brièvement ton parcours professionnel? 


Carol-Ann : À la base, je ne me dirigeais pas du tout vers la nutrition. Après le secondaire, j’ai été en Arts et lettres, et puis je suis allé en télévision à l’Université du Québec à Montréal. Pour finalement réaliser que cela ne me plaisait pas vraiment. Je me suis réorientée vers les sciences de la nature, pour faire mon BAC en nutrition. Une fois graduée, j’ai eu la chance d’avoir un emploi à temps plein à l’hôpital et un poste à temps partiel avec l'équipe nutrition. Les services offerts au privé étaient plus diversifiés et plus à jour, j’ai donc choisi de quitter l’hôpital pour ne travailler que pour équipe nutrition. 


  1. : Qu’est-ce que le métier de nutritionniste ? Quels sont les services généralement proposés par ceux-ci ? 

C-A. : C’est une discipline tellement variée! Nous touchons à plusieurs sphères. Par exemple, quand nous travaillons dans un hôpital, les tâches du nutritionniste sont de proposer un plan de traitement nutritionnel adapté au rétablissement du patient. Il s’agit en fait d’un soutien nutritionnel pour les personnes gravement atteintes qui ne peuvent plus ouvrir la bouche et se nourrir seules. Notre responsabilité est de trouver une alternative afin que ceux-ci puissent s’alimenter et gagner des forces. Soit par tubes, lorsque l’estomac est toujours fonctionnel, sinon nous devons y aller directement dans les veines. Nous venons parallèlement soutenir le bénéficiaire qui a des problèmes de déglutition ou bien le patient trop fatigué qui ne peut plus mastiquer. Il est également important, en tant que nutritionniste, de peser les pour et les contre. Par exemple, un homme âgé diabétique, qui prend ses médicaments pour stabiliser son diabète, nous demande un second «  pudding  » parce qu’il n’est pas arrivé à manger son souper. C’est correct, mieux vaut deux desserts que rien du tout. Il faut voir la globalité, et le pourquoi à la base nous devons aider. 

Il y a aussi maintenant beaucoup de nutritionnistes dans les organismes, dans le milieu agroalimentaire et de plus en plus dans les communications. 

Sinon, je vous invite à regarder sur le site de l’ordre des nutritionnistes pour plus d’informations . 


  1. : Quelle serait la mission principale d’une nutritionniste ? 

C-A. : Cela dépend des secteurs, mais pour ma part, ma mission première est d’accompagner et d’éduquer les gens que je rencontre. Il s’agit surtout du counseling, de suivre le patient dans sa démarche nutritionnelle. Parce que nous savons tous comment bien manger, mais c’est surtout du point de vue de la constance que nous avons plus souvent de la difficulté. Alors je trouve qu’il est déterminant d’offrir notre appui au patient et de les observer tout au long de leur cheminement. 


  1. : À quel moment de notre parcours santé serait-il important de consulter une nutritionniste ? 

C-A. : Je dirais qu’il n’y a pas de moments précis, car nous pouvons consulter une nutritionniste à tout moment. Cela peut être un besoin simple, comme apprendre à mieux manger. Dans ce cas, le patient cherche un soutien, et nous servirons donc de guide, nous l’aiderons et l’encouragerons dans sa prise en charge alimentaire. 

Aussi, pour donner suite à un diagnostic de maladie nutritionnelle de type diabète, hypertension ou cholestérol. Notamment, en cas d’une de ces maladies, il est fortement recommandé d’avoir recours à une nutritionniste afin de pouvoir s’en sortir sans prise directe de médicaments. 

Les autres raisons les plus fréquentes de consultation seront pour les patients touchés de désordres digestifs, ceux qui souhaitent perdre du poids et les sportifs qui cherchent un plan défini pour leur mode de vie. 

Évidemment, lorsque la nutrition devient une source de stress ou d’inquiétude, un suivi en nutrition devient nécessaire. Dans ces cas précis, nous ferons une rééducation afin de recréer une relation saine avec la nourriture. 

Enfin, nous traitons aussi les patients atteints de troubles de comportements alimentaires comme l’anorexie et la boulimie. Ici, ce serait un travail d’équipe, nous collaborions de pair avec les travailleurs sociaux, les psychologues et le docteur. 

Donc, oui on peut nettement consulter une nutritionniste à tout moment et pour plusieurs raisons ! 


  1. : Tu as une certaine spécialisation auprès des gens diabétiques, peux-tu nous expliquer pourquoi ce problème nutritionnel plus qu’un autre ? 

C-A. : C’est une spécialisation personnelle, car je ne détiens pas de maîtrise en ce domaine. En fait, c’est que j’ai vécu une partie de ma vie avec cette pathologie dans ma famille comme ma petite sœur est atteinte du diabète de type 1. J’ai dû jongler avec les contraintes du diabète longtemps et je comprends à quel point cette maladie peut être contraignante, je souhaite ainsi soutenir le plus possible les gens diabétiques.

Pendant mon BAC, j’ai choisi de faire mon stage au camp Carowanis à Saint-Agathe-Des-Monts, c’est un camp de jour à but non lucratif qui aide les enfants diabétiques et leurs familles. Durant deux semaines, nous sommes toujours tous ensemble, j’ai donc vu beaucoup de choses et cela m’a permis d’améliorer mes acquis, car j’étais la seule nutritionniste pour 100 enfants. Faire ce stage m’a énormément appris et touché. Maintenant, chez équipe nutrition, je m’occupe de la plupart des cas de diabète. 

Les gens ne sont pas familiers avec le diabète de type 1 et tout ce que cela implique. Pour faire la distinction, le type 1 se développe dès l’enfance. Le pancréas ne fonctionne pas correctement et il n’y a rien à faire, sauf de calculer les taux de sucre dans les repas et de prendre quotidiennement des injections d’insuline. Comme le type 2 est dû à de mauvaises habitudes, il peut se régler avec une prise en charge alimentaire. Ainsi, lorsqu’on est atteint de diabétique de type 1, il est facile de développer des troubles alimentaires et des obsessions. C’est pour cela qu’il est important de consulter une nutritionniste qui pourra vous aider et vous épauler.



  1. : Personnellement, quelle est ta vision de l’alimentation ? 

C-A. : Pour moi, l’alimentation, ce n’est pas que de manger des aliments et d’acquérir un apport nécessaire en nutriments. Il y a surtout une dimension sociale et culturelle qui mène au plaisir. Il y a, par exemple, une différence entre attraper un repas seul et manger un bon repas en famille. Ce concept de rapprochement que fournit l’alimentation c’est ce qui est pour moi important. Les repas représentent un gros morceau de notre vie, autant vivre ces instants dans la joie ! 


Lorsqu’on parle d’alimentation équilibrée, cela permettrait de garder cette notion de plaisir. Partager un bon moment lorsque nous sommes à table, cela fait partie de la saine alimentation. Selon moi, ce n’est pas seulement de mettre des légumes dans son assiette, mais c’est surtout de prendre le temps de manger, d’en profiter et d’avoir une belle relation avec la nourriture. Car oui, on doit être bien dans notre corps grâce à de justes apports nutritionnels, mais également, et surtout, dans notre tête.


  1. : Pour terminer, un petit conseil simple que tu aimerais partager avec nous ? 

C.-A. : Arrêtez de vous casser la tête ! Il faut cesser de tout contrôler et stopper cette quête vers l’aliment miracle. Ne plus se concentrer sur les petits détails, mais plutôt, regarder l’image d’ensemble. Par exemple, certaines personnes ne consomment pas de produits laitiers, donc ils remplacent ceux-ci par autre chose, mais tout le reste de l’alimentation est désorganisé. Je crois que les gens ont malheureusement tendance à vouloir contrôler leur approvisionnement pour maîtriser leur vie et leur santé, mais en réalité, la nutrition n’est qu’une partie d’une bonne hygiène. Être en bonne santé ce n’est pas que bien manger, il y a plusieurs facteurs qui viennent influencer la vitalité. Je conseillerais donc aux gens de ne mettre leur énergie que vers l’alimentation, et de voir cela comme quelque chose de complémentaire. 

Et bien sûr, de faire attention à tout ce que l’on peut lire sur internet. 

 

Maude Desroches pour Joozia Canada

Naturopathe diplômée